Alcool et allaitement

Voilà un sujet qui fait souvent débat et sur lequel j’estime qu’il est utile de faire la lumière, en cette période de fêtes de fin d’année. Boire ou conduire, il faut choisir, mais boire et allaiter, c’est compatible (sans excès évidemment). Voyons cela en détail…

Ancienne guindailleuse, j’avoue avoir bien profité de soirées (très) arrosées avant de tomber enceinte ! Entre les soirées étudiantes où la bière coulait à flots, les soirées dans les pubs irlandais ou les bars de notre belle capitale, les apéros à rallonge et les soirées afterwork, on peut clairement dire que j’avais une bonne levée de coude ! La grossesse a calmé tout cela, et puis à 31 ans, on se pose un peu… (bon, ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas tout à fait honnête sur ce dernier point…)

Ma réputation m’ayant poursuivie, on m’a prise pour une folle lorsque j’ai dit que je comptais allaiter : après 9 mois d’abstinence, j’allais prolonger ça ! Hé bien en fait, non ! Bon, soyons clairs, je ne fais plus le tour des bars avec les potes, mais je savoure régulièrement un bon apéro, une sangria en terrasse l’été, un verre de vin an mangeant, une bonne bière spéciale comme je les aime ! Et souvent, à l’extérieur, j’ai eu des regards désapprobateurs de serveurs qui me voyaient allaiter et boire en même temps un verre d’alcool. Ou des réflexions de mon entourage me signifiant que « je n’ai pas honte de boire ? Je vais saouler mon fils, le pauvre ! » ou encore à quel point j’étais une mère indigne car il fallait faire des choix dans la vie…

Alors, encore une fois (et comme pour beaucoup de choses concernant l’allaitement), une énorme désinformation circule autour de l’alcool lorsqu’on allaite ! Durant la grossesse, la prise d’alcool est fortement déconseillée car le taux d’alcool dans le sang de la mère se retrouve de manière identique dans le sang du bébé via le placenta et le cordon. Mais en cas d’allaitement, c’est une toute autre histoire !

En effet, contrairement à ce qui est souvent dit et à ce qu’il se passe pendant la grossesse, tout ce qui se trouve dans le sang ne passe pas dans le lait (une histoire de taille de molécules). Pour l’alcool cependant, taux sanguin = taux lacté.

Dans TOUS les cas, l’alcool est et reste à consommer avec MODERATION, quoi qu’il arrive, et ce pour plein d’autres raisons que le passage dans le lait : l’attention baisse, les réflexes aussi, le cododo est d’ailleurs fortement déconseillé en cas de prise d’alcool pour ces raisons.

Maintenant rendons à César ce qui est à César sur un niveau purement biologique. Je m’appuie ici sur les informations relayées par le Docteur Jack Newman, spécialiste de l’allaitement, diplômé de la Faculté de Médecine de l’Université de Toronto en 1970. Il a fondé la première clinique d’allaitement en milieu hospitalier au Canada en 1984. Il a été consultant pour l’UNICEF dans le cadre de l’Initiative Hôpital Ami des Bébés et a évalué les premiers Hôpitaux Amis des Bébés au Gabon, en Côte d’Ivoire et au Canada.

En clair :

1 unité d’alcool = 1 bière de 250 ml ou un verre de vin de 120 ml ou un shooter de 40ml d’alcool fort tel vodka, wiskey, etc.

1 unité d’alcool va élever la quantité d’alcool dans le sang de 0.2g/ litre de sang et donc de 0.2g/ litre de lait. Le pic d’alcool dans le sang (et donc dans le lait) étant entre 30 à 60 minutes après la prise, et redescendu à 0 deux heures après la prise (on reste très théorique : en vrai cela variera légèrement selon le poids de la personne, si elle a mangé, etc.).

On estime une tétée à environ 40 à 150 ml de lait, selon l’heure de la journée (150ml le matin, 40ml le soir, d’où le phénomène de tétées groupées !).

Ce qui veut dire que si bébé boit en plein pendant le pic d’alcool (d’un verre), pour une bonne tétée de 150ml, il recevra 0.03g d’alcool (sur une petite tétée de fin de journée il aura à peine 0.008g d’alcool…), qui seront d’abord dégradés par son estomac AVANT de passer dans son sang et d’atteindre ses organes. Autant dire que sur une tétée, bébé recevra l’équivalent de la dose d’alcool contenue dans certaines vitamines et moins que dans une cuillère de sirop pour enfant !

Personnellement, j’essaie toujours de boire mon verre d’alcool en même temps que bébé tète (d’où les regards désapprobateurs parce qu’on s’imagine peut-être que ça fait vases communiquant et que bébé avale directement mon verre… vous vous rendez bien compte là à quel point c’est une croyance infondée…) ou juste après la tétée, ce qui me laisse en général une marge. Mais si justement le schtroumpf a envie d’une tétée plus rapidement, vous comprendrez comme c’est expliqué plus haut qu’il n’y a vraiment aucun souci ! Boire éventuellement un 2e voire même un 3e verre n’est pas non plus un problème (les quantités s’éliminent au fur et à mesure et ne s’accumule pas en une fois, on est d’accord que vous n’allez pas boire 3 verres en 1 minutes!)

Tirer un lait « souillé » par l’alcool ne servira à rien étant donné que le corps va faire le travail d’élimination. Le seul cas où tirer est recommandé lors d’une prise d’alcool est pour assurer une stimulation si bébé n’est pas mis au sein pour une raison x.

Selon une étude réalisée par l’équipe du Pr Mennella, l’impact majeur de l’alcool sur l’allaitement est une diminution du réflexe d’éjection du lait. Il se peut donc que bébé doivent patienter un peu plus qu’à l’habitude pour avoir le lait qui arrive suite à sa stimulation.

Lors d’une soirée très arrosée par contre, il vaudra mieux prévoir le coup (hé oui, plus de place à l’improvisation lorsqu’on est une maman allaitante !). Personnellement, j’ai dignement fêté mes 31 ans en novembre dernier (je n’avais pas pu fêter mes 30 ans comme j’étais enceinte). J’avais préparé suffisamment de lait au frigo pour que le lendemain, H. puisse donner du lait au schtroumpf, afin d’être certaine que tout l’alcool que j’avais ingéré avait bien été éliminé. J’ai tiré mon lait plusieurs fois sur cette journée de lendemain de veille pour continuer à stimuler et maintenir une bonne lactation. Et au lieu de jeter, ce lait peut servir dans l’eau du bain, en soin des fesses, etc. Pas de gaspillage ! Maman s’est fait une soirée comme elle n’en avait plus connu depuis plus d’un an, papa a assuré comme un chef en gérant « l’allaitement » du schtroumpf toute la journée, et le p’tit schtroumpf n’a pas été perturbé ! Et pour rappel, en cas de prise d’alcool moins raisonnable (j’insiste sur le fait qu’être moins raisonnable doit être OCCASIONNEL …), assurez-vous toujours que quelqu’un soit sobre pour gérer avec votre mini schtroumpf !

Alors les super mums qui allaitez vos petits schtroumpfs, durant les fêtes, n’hésitez pas à vous faire plaisir, savourez une bonne coupe de champagne, un bon verre de vin ! Déculpabilisez, et profitez ! Et n’hésitez pas à recadrer les personnes qui vous feront la remarque en pensant connaitre !

Joyeuses fêtes à toutes !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s