Le sommeil d’un schtroumpf

Le sommeil du bébé… En voilà un gros sujet ! Quel jeune parent n’a jamais entendu cette fameuse phrase : « Alors, il fait ses nuits ? »… On qualifie un bébé qui ne dort pas la nuit ou ne s’endort pas seul de « difficile » ou de « capricieux », on met en place des méthodes pour que l’enfant s’endorme seul, quitte à le laisser pleurer (le fameux 5-10-15 vous connaissez ?), on lui bourre l’estomac de céréales avant le dodo pour le « caler » pour la nuit… Et pourtant, si on s’intéressait d’un peu plus près à la manière dont fonctionne le sommeil des bébés, on comprendrait que tout ça n’est qu’absurdité ! En me basant notamment sur plusieurs études du sommeil de la vie fœtale à l’adolescence réalisées à l’Université de Lyon, je vais tenter de vous expliquer cela en détail.

 

Différencier les différents stades chez le bébé

Le sommeil calme : aucun mouvement mis à part quelques sursauts, visage peu expressif, respiration ample, lente et régulière, les yeux sont fermés et ne bougent pas.

DUREE = presque toujours 20 minutes

Le sommeil agité : caractérisé par toute une série de mouvements, les yeux bougent et peuvent même s’ouvrir, il baille, s’étire, peut même crier ou pleurer ! On reconnait 6 expressions fondamentales innées : la peur, la colère, la surprise, le dégoût, la tristesse, et surtout la joie, qu’on voit aisément lorsqu’on dit qu’il sourit aux anges. La respiration est rapide et irrégulière. C’est une phase de sommeil moins stable, caractérisée par de nombreux micro-réveils. C’est une phase de développement cérébral majeure (d’où l’intérêt de bien observer votre schtroumpf lorsqu’il semble s’éveiller en criant ou en pleurant, pour ne pas casser ses cycles !).

Le sommeil agité interviendrait même en tant que mécanisme de lutte contre la mort subite du nourrisson !

DUREE = de 10 à 45 minutes, 25 minutes en moyenne

La veille calme : l’enfant est calme et attentif, observe tout autour de lui, imite, expérimente.

DUREE = 3 à 5 minutes les premiers jours, 30 minutes à 1 mois, 2 heures et plus à partir de 3 mois

La veille agitée : le bébé se renferme sur lui-même et est moins attentif à son environnement, le plus souvent, il se mettra à pleurer, en étant inconsolable (ça ne vous rappelle pas les fameux pleurs du soir ?)

DUREE = les premiers jours, la veille agitée est beaucoup plus importante que la veille calme. Petit à petit ça s’équilibrera jusqu’à s’inverser vers 3 mois (tiens, tiens… justement la période à laquelle, souvent, les pleurs du soir diminuent fortement !).

 

Les débuts…

Le nouveau-né dort beaucoup, en moyenne 16 heures par jour ! Le premier mois, on observera une phase d’éveil agité très importante en comparaison de la phase d’éveil calme. C’est pourquoi lorsqu’un nouveau-né dort peu, généralement, il pleure !

Il ne fait pas la différence jour/nuit, enchainant simplement ses cycles.

Le sommeil agité représente environ 60% de son temps de sommeil total. Vers 2 mois, il ressemble au sommeil paradoxal de l’adulte, c’est le sommeil des rêves.

Avant 4 mois, les rythmes de sommeil sont innés, totalement indépendants de l’environnement du bébé.

Et après…

Vers 4 mois, il commence à être en mesure de synchroniser ses rythmes de sommeil, grâce à l’alternance jour/nuit (et l’aide de maman et papa qui différencient bien lumière et pénombre), aux habitudes de repas, de balades, de rituels de couché, etc.

Entre 6 mois et 4 ans, on remarque de grandes variations. Le temps de sommeil diurne va diminuer au fil du temps, les phases de sommeil vont petit à petit correspondre à celles de l’adulte, avec un sommeil profond en début de nuit et plus de phases de sommeil paradoxal en deuxième partie de nuit. C’est à ce moment que peuvent apparaitre les difficultés d’endormissement (notamment avec la période de l’angoisse de séparation, l’enfant découvre qu’il ne fait plus un avec sa mère et redoute la séparation), mais aussi que peuvent surgir de nombreux réveils en seconde partie de nuit, alors qu’on avait peut-être un bébé qui « faisait ses nuits ».

Les études démontrent que :

  • Jusqu’à 60% des enfants de 18 mois s’éveillent encore une fois par nuit
  • 20% de ces enfants s’éveillent plusieurs fois par nuit

 

Sommeil de bébé VS Sommeil de l’adulte

Là où l’adulte s’endormira sur une phase de sommeil lent, le nourrisson, lui, s’endormira sur une phase de sommeil agité, après une phase d’éveil agité.

Un cycle de sommeil chez un bébé est de 50 à 60 minutes, là où l’adulte aura des cycles de 90 à 120 minutes.

Pour mieux visualiser la différence, et parce qu’une image vaut souvent mieux que 1000 mots, voici une petite réalisation, basée sur celle publiée par l’Université de Lyon :

sommeil bébé

Entre 2 trains, il y a ce qu’on appelle un micro-réveil. Parfois, bébé pourra enchainer sur le 2e train sans réellement s’éveiller, parfois pas. Mais il faut savoir que ces micro-réveils sont non seulement physiologiques, mais en plus nécessaires ! Hé oui, tout ce que la nature met en place a une raison. Laquelle est-elle dans ce cas précis? La lutte contre la mort subite du nourrisson (qui court jusque l’âge de 2 ans environ, rappelons-le!). Ces micro-réveils permettent en effet à votre schtroumpf de ne jamais s’endormir trop profondément et ainsi de garder une part de son petit cerveau active pour lutter contre cette MSN. S’éveiller la nuit est donc un signe de bonne santé et de bon développement.

Alors, votre petit schtroumpf ne fait pas ses nuits ? A la lecture de ces études, ne pensez-vous pas que c’est tout à fait naturel ? Maintenant qu’on a compris ça, ce sera peut-être plus facile d’accompagner le sommeil de votre schtroumpf. On comprend mieux les pleurs du soir, les réveils nocturnes, et on retient que tout cela peut durer jusque l’âge de 4 ans, âge où le développement cérébral permet un sommeil équivalent à celui de l’adulte !

Gardez toujours en tête que c’est la société actuelle nous éloigne chaque jour un peu plus des rythmes naturels, or votre petit bout lui, il n’est qu’instinct.

Dans le cadre de ma pratique professionnelle auprès des jeunes parents, j’en rencontre beaucoup qui ont recours à des séances de coaching pour l’endormissement de leur tout petit, ou à ces fameuses méthodes de dressage de sommeil. Quand l’idée vous traverse l’esprit, relisez cet article, dites-vous que votre bébé est en parfaite santé, que c’est normal, et que bientôt, il dormira. Le lâcher prise et l’entraide entre conjoints peuvent être d’une grande aide.

 

Quelques idées fausses relatives au sommeil

« Donne-lui des céréales avant de dormir, histoire de le caler pour la nuit »

Croyance populaire sans aucun fondement. En effet le bon sommeil n’est pas lié à l’alimentation. J’aurais même envie de dire, que du contraire : lorsque vous mangez copieux le soir, n’est-ce pas plus difficile pour vous de dormir ? Pourquoi en serait-il autrement pour votre schtroumpf ?

« A 8 semaines, il est en mesure de tenir une nuit entière sans manger donc laisse-le pleurer, ce sont juste des caprices »

Sans parler du fait qu’à 8 semaines, l’enfant est intellectuellement incapable de faire des caprices (si, si, je vous assure, pour faire un caprice il faut pouvoir faire un lien de cause à effet, il faut être en mesure de réfléchir à une « manipulation », et ça, les neurosciences nous prouvent que ça n’arrive qu’entre 3 et 5 ans !) et que laisser pleurer un bébé seul est mauvais pour son développement cérébral, notamment à cause de la sécrétion de cortisol, il faut savoir que les réveils nocturnes ne servent pas uniquement à assouvir la faim : le besoin de réconfort est présent, la soif, l’inconfort (peut-être la couche est-elle pleine ?), une douleur, un mauvais rêve…

Nous, adulte, nous nous éveillons encore plusieurs fois par nuit : pour aller à la toilette, pour boire un peu d’eau, pour se rapprocher de notre conjoint. Nous, adultes, nous éprouvons encore régulièrement des difficultés à nous endormir, et qui de nous n’a jamais râlé au sujet de ses insomnies ? Alors pourquoi un bébé devrait s’endormir chaque jour seul (et rapidement !), ne pas s’éveiller la nuit, ne pas avoir droit à un câlin, ne pas pouvoir boire ?

« Il ne fera jamais ses nuits tant que tu allaiteras, passe-le au lait maternisé, tu verras ! »

Combien d’allaitements gâchés à cause de cette phrase ? Combien de mamans n’ont-elles pas arrêté d’allaiter dans l’espoir de voir leur petit schtroumpf faire ses nuits, mais sans succès… Pourquoi ? Car encore une fois, alimentation et bon sommeil ne sont pas liés… Et pour être complète, je vais simplement reprendre un passage d’un article de la Lèche-League à ce sujet :

« Ce mythe a ses racines dans une époque où l’on décourageait activement les femmes d’allaiter, de se fier à leurs observations et de répondre aux besoins de leurs bébés. Les politiques et les pratiques consistant à séparer les mères et les bébés étaient institutionnalisées. Les hôpitaux imposaient des horaires de tétées rigides pour que le personnel ait moins souvent à nourrir les bébés ou à les amener à leurs mères. Ces tétées peu fréquentes privaient beaucoup de bébés d’un apport calorique suffisant, et beaucoup de mères de l’effet relaxant de l’ocytocine.
Si le bébé n’était pas autorisé à vider assez longtemps ni assez souvent les seins de sa mère, ceux-ci pouvaient devenir douloureusement engorgés. Tellement pleins de lait et tendus que les lèvres du bébé glissaient dessus. Frustré, il pouvait alors refermer ses mâchoires dessus, causant une douleur sévère à la mère. Au point qu’elle l’enlève du sein alors qu’il avait encore faim. Ses seins gorgés de lait envoyaient à son corps le message de ralentir la production. Si elle finissait par donner un biberon de lait artificiel au bébé, celui-ci pouvait finir par s’endormir, simplement parce qu’il avait enfin reçu sa ration de calories. Elle pouvait alors croire que le lait artificiel l’avait fait mieux dormir. Pourtant, il aurait pu dormir tout aussi bien s’il avait reçu ces calories par son lait à elle. En fait, ils n’avaient jamais eu la possibilité de se « synchroniser ».
Heureusement, nous sommes actuellement en train de revenir à des schémas d’alimentation et de sommeil plus normaux pour les bébés, même si encore trop de femmes ne reçoivent toujours pas le soutien dont elles auraient besoin pour bien démarrer l’allaitement et s’ajuster aux rythmes de leur bébé. »

 

Petit mot sur le sommeil du bébé allaité

Les cycles de sommeil du bébé allaité ne sont évidemment pas différents ! Ce qu’il faut préciser également, c’est l’importance des tétées nocturnes lors de l’allaitement. Non seulement elles participent à lutter contre la mort subite du nourrisson, comme on a pu le voir avec les stades du sommeil et l’importance des micro-réveils. Mais en plus, elles sont essentielles à la bonne mise en place de l’allaitement. D’abord, ces tétées permettent à votre schtroumpf de stimuler votre production, et comme on le sait c’est nécessaire car la lactation se fait selon le principe de l’offre et de la demande. Aussi, le pic de prolactine, hormone responsable de la production de lait, atteint son pic vers 3h du matin. C’est aussi durant la nuit que le réflexe de succion de votre schtroumpf est le plus fort, sans distractions extérieures. Enfin, c’est également à ce moment que votre lait sera le moins « teinté » du goût des aliments que vous avez consommé, qu’il sera le plus « pur ». La composition du lait évoluant en cours de journée, il est aussi plus gras, plus consistant en soirée et début de nuit. Les tétées nocturnes sont donc très nutritives. Il est également plus riche en tryptophane, acide aminé qui favorise le sommeil. Bébé dormira ainsi mieux entre 2 tétées.

Rappelons aussi que c’est durant la nuit que le développement cérébral et la croissance de manière générale sont les plus intenses. Il est donc normal que le bébé doive s’alimenter pour recharger ses batteries.

Enfin, sachez que lors des tétées, la prolactine entre en action mais l’ocytocine est également libérée. Cette hormone permet ainsi à maman et à bébé de se rendormir très facilement après la tétée.

Donc retenez bien que l’allaitement à la demande, clé essentielle de la réussite de votre allaitement, s’applique de jour comme de nuit !

 

Et pour finir, voici quelques phrases de personnes réputées qui me parlent particulièrement :

« Le sommeil du nourrisson n’est pas de tout repos…pour ses parents! Les réponses données à ce qu’ils croient être des troubles du sommeil sont souvent inappropriées et parfois même génératrices de vrais troubles du sommeil. » (Dr L. Kreisler)

« On réveille le bébé au moment où il a besoin de sommeil et non de nourriture. On le laisse crier parce que l’heure du repas n’est pas venue. On supprime prématurément le repas de nuit sous prétexte de donner de bonnes habitudes, alors que beaucoup de nouveau-nés en ont un besoin réel parfois jusqu’à 2, 3 mois voire plus… » (Dr L. Kreisler)

« Peut-être bien que le cerveau des bébés a été façonné par des millions d’années de sélection naturelle où les mères dormaient avec leurs bébés. Peut-être bien qu’autrefois, si un bébé se retrouvait tout seul la nuit, c’était souvent très mauvais signe (la mère avait pu être dévorée par une bête sauvage, par exemple). Peut-être bien que le cerveau des tout-petits est programmé pour réagir à cette situation en hurlant, de sorte que toute personne proche l’entende et puisse le trouver. Bref, peut-être bien que si les enfants laissés seuls semblent terrifiés, c’est tout simplement parce qu’ils sont naturellement terrifiés » (Robert Wright)

Note : n’oubliez pas que chaque bébé est différent ! Les données reprises ici sont des théories qu’il faut adapter au vivant.

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