Les mamans savent…

Il y a quatre jours, j’ai vécu le plus gros stress de ma vie de maman… Mon petit schtroumpf de bientôt 14 mois souffre d’une bronchiolite. Ce soir-là, j’étais seule avec lui, et il respirait d’une manière qui ne me plaisait pas. Je sentais bien au fond de moi que quelque chose n’allait pas. Ayant été traitée sans beaucoup de ménagement lors de mon unique passage aux urgences pédiatriques il y a un peu moins d’un an, j’ai beaucoup hésité à aller aux urgences (on m’avait dit « mais Madame, il n’est pas malade votre fils il sourit ! Alors qu’il vomissait chaque tétée depuis 24h, ne mouillait plus une seule couche, toussait, et que j’ai décidé de moi-même de faire une éviction PLV qui a fonctionné pour le « guérir »). Et si je m’affolais pour rien ? La pédiatre a expliqué que tant que la température n’augmentait pas et que l’état ne se dégradait pas, je ne devais pas m’inquiéter. Bon… J’ai donc mis mon schtroumpf au lit. Vers 22h, je le rejoins dans notre lit (merci le cododo !!!). Et là je suis stupéfaite de sentir à quel point il irradie littéralement de chaleur. Il me grimpe dessus dans son sommeil et se plaint. Il respire fort, avec de gros effort à chaque mouvement. Sa respiration est sifflante et j’entends comme des bulles qui pètent. Je décide alors de préparer son sac à langer, de me rhabiller et de filer aux urgences. Quand je viens près de lui pour lui mettre sa veste, il ne réagit plus. Comme s’il était endormi très très profondément. Il ne se réveille pas quand je l’habille, le porte, l’installe dans la voiture, le sort de la voiture, cours aux urgences. Arrivée là, j’explique en deux mots et les urgentistes me font passer devant tout le monde, on me le prend des bras, on le déshabille, on le met sur un lit, on lui met des fils partout, un masque… J’entends les machines qui « bip », je vois les chiffres de saturation en oxygène dans le rouge, et le monde s’écroule littéralement sous mes pieds. Je suis juste impuissante, à regarder mon fils qui ne réagit pas. Et puis miracle, après je ne sais combien de temps, il revient à lui. Ses petits yeux cherchent, il tourne la tête, son petit menton tremble, il pince sa petite lèvre du bas, puis me voit, et là : il fond en larmes. Et mon cœur se déchire encore un peu plus… Mais en même temps, je suis tellement heureuse de le prendre dans mes bras, qu’il ait repris le dessus. Ensuite, il est resté un peu en observation, a reçu des aérosols, on a fait baisser sa température et il a retrouvé une saturation en oxygène correcte. On est rentré à la maison tous les deux, et on ne s’est plus quitté jusque dans l’après midi. Il est resté collé à moi non-stop. Et aujourd’hui, quatre jours plus tard, il va déjà beaucoup mieux, il remange un peu, il respire mieux même s’il tousse encore, et la fièvre est un mauvais souvenir !

Mais pourquoi est-ce que je vous parle de tout ça me direz-vous ? Hé bien parce que je réalise avec le recul que si je m’étais écoutée, les choses ne seraient probablement pas allées aussi loin. Et ce sentiment fait écho à ce que j’entends souvent de la part de mamans que je reçois en consultation d’allaitement : « je n’ai pas l’instinct pour allaiter », « je ne sais pas comment faire »…

Pourquoi aujourd’hui, les jeunes mamans semblent avoir perdu cet instinct maternel ? Pourquoi à l’heure actuelle, les parents, pères et mères, se sentent souvent impuissants, ne savent pas comment faire, etc. ? Loin de moi l’idée de faire ici une analyse psychologique ou sociologique… Mais je voudrais vous partager ma réflexion à ce sujet.

Parce-que pour moi, c’est simple : la société actuelle inhibe les instincts parentaux.

D’après cet article de la Revue Médicale de l’Université de Liège, et cette thèse d’une IBCLC, on peut sans crainte établir qu’au fil de l’Histoire, l’accouchement s’est médicalisé, jusqu’à devenir surmédicalisé de nos jours (et depuis les années 1920/30 puis surtout 1970).

Voici une conclusion de la Revue Médicale de Liège qui me parle assez bien :

« Jusqu’aux années cinquante, la mise au monde d’un enfant était un événement privé qui se déroulait dans l’intimité du foyer familial sans autre aide spécialisée que celle du médecin de famille. La haute technicité mise en œuvre dans le processus d’accouchement a nécessité son transfert vers le lieu où toute la technologie se trouve concentrée, c’est-à-dire l’hôpital. Etant donné la haute valeur symbolique attribuée à l’acte d’enfantement, cela constitue un bouleversement social plus profond qu’il n’y paraît. L’hôpital et la maternité sont perçus comme des milieux aliénant la personnalité et l’autonomie individuelle. L’utilisation de plus en plus envahissante de multiples appareillages, monitoring, perfusions, péridurales n’a fait qu’amplifier ce sentiment de déshumanisation d’un acte qui, même potentiellement dangereux pour la mère et l’enfant, n’en demeure pas moins naturel. Partout se font jour des mouvements qui avancent, que la surmédicalisation de l’accouchement a des effets pervers en termes notamment de taux de césariennes, et qui prônent sa «démédicalisation» pour le restituer à la mère et au couple. L’obstétrique est à la croisée des chemins; faut-il humaniser l’hôpital ou organiser des maisons de naissance plus proches des aspirations des couples ou même réorganiser l’accouchement à domicile ? Le débat est ouvert et nul doute que la pression sociale et la volonté politique de réduire les coûts de la santé vont modifier le paysage de l’obstétrique belge dans la prochaine décennie. »

Selon moi, au-delà de cette déshumanisation de l’accouchement, la surmédicalisation a d’autres effets : séparation précoce mère-enfant, difficultés d’allaitement, difficultés à établir le lien d’attachement, et au final à trouver sa place de parent. Il en va de même pour le père. Tous deux (et tous trois) sont ainsi privés de l’ocytocine, connue pour être l’hormone de l’attachement.

Pourquoi ? Car pour avoir suivi toutes ces mamans en difficultés d’allaitement, la même constatation ressort : les premières heures, elles mettaient leur bébé au sein de telle manière, à tel moment (bien souvent, comme la maman le ressentait, tout simplement), et tout se passait plus ou moins bien. Et puis elles recevaient tel et tel conseil, on leur disait de ne pas faire ceci ou cela. Et au final, elles ont suivi les recommandations des professionnels de santé, des aînés (qui ont rarement allaité ou très peu de temps), etc. Résultat ? Des mamans qui ont inhibé leurs instincts, puis qui se retrouvent perdues.

Et selon moi, il en va de même pour tout, pas uniquement pour l’allaitement !

Une maman qui a été séparée de son bébé à la naissance m’a dit un jour qu’il lui avait fallu plusieurs jours pour apprendre à aimer son bébé.

Une maman qui se laissait dicter par sa propre mère s’est retrouvée complètement désemparée après le décès de celle-ci : « comment je vais faire pour être une maman pour mes enfants ? Je ne sais pas comment faire ? »

Et puis moi, qui sentais que quelque chose n’allait pas, mais qui ne me suis pas écoutée de peur de paraitre pour une mère hystérique et angoissée.

Alors les mamans, dites-vous que vous savez ! VOUS êtes les mieux placées pour savoir ce qui est bon pour vous et votre enfant. VOUS connaissez le mieux ce petit bout que vous avez porté 9 mois et mis au monde. L’instinct est toujours là, quelque part au fond de vous. Apprenez à vous écouter de nouveau, à faire fît des remarques et critiques négatives.

Evidemment, certaines situations requièrent une aide extérieure, il faudra alors être en mesure de pouvoir s’entourer de personnes compétentes et qui privilégient ce lien parent-enfant. Aussi, avoir un réseau d’autres jeunes parents qui ont le même état d’esprit peut aider. Les nouveaux parents ont ainsi des exemples qui ne leur sont actuellement plus transmis de génération en génération.

La Société a éteint nos instincts depuis des générations, à nous de nous libérer de ces contraintes, de réclamer moins de médicalisation de l’accouchement, de refuser la séparation avec bébé (tant que la santé de l’un et l’autre le permet évidemment). Entourez-vous des bonnes personnes qui vous guideront (l’adage dit « Il faut un village pour élever un enfant ») et vous apprendront à vous écouter et à écouter votre bébé.

Parce que les mamans savent…

4 commentaires sur “Les mamans savent…

  1. Vous avez merveilleusement bien résumé la situation: les mamans savent … et la société actuelle inhibe de plus en plus l’ instinct maternel …
    votre témoignage m’a touchée

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  2. Tout d’abord bon rétablissement à votre petit… Effectivement les urgences sont peut être encombrées mais quand il s’agit d’enfant il ne faut prendre aucun risque et s’écouter, leur état peut se dégrader très rapidement. Les mères savent effectivement 🙂

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