Enceinte, j’ai souffert d’hyperémèse gravidique

Mais de quel mot ultra sorcier je viens encore vous parler ? Hyper-quoi ? Hyperémèse gravidique !

Voici ce qu’on obtient lorsqu’on recherche « hyperémèse gravidique » sur Google:

hyperemese

Lorsqu’on lit ceci, je trouve que ça ne reflète pas vraiment la réalité. Voici mon vécu…

Tout a commencé vers la 6e semaine d’aménorrhée. Ce sont des nausées qui ont commencé. Ayant été pas mal dérangée par les nausées lors de ma première grossesse, je ne me suis pas inquiétée au départ. Mais rapidement, les nausées sont vraiment devenues handicapantes. La moindre odeur me donnait des hauts le cœur insupportables : odeur d’aliments, de détergent, odeur de chéri, ma propre odeur même, et ne parlons pas des couches du schtroumpf. Chaque change était devenu un calvaire.

Mais bon, toutes les femmes enceintes ont des nausées, alors je n’allais quand même pas me plaindre. Surtout que je n’étais qu’au début de la grossesse, loin de la fin du premier trimestre dépeinte comme le moment où tout s’arrange ! Donc je n’ai rien dit. J’ai ravalé mes nausées tant bien que mal, avec cette salive qui était tout d’un coup produite par litres !

Vous avez déjà hyper-salivé ? Vous voyez quand juste avant de vomir votre salive coule à flot, ben c’est à peu près ce que j’avais à longueur de journée. Je ne compte pas le nombre de fois où à ce stade je passais devant un évier, une poubelle ou le wc juste pour laisser couler le trop plein de salive au lieu de le ravaler (le cracher ne servait à rien, si j’ouvrais la bouche, ça coulait tout seul).

Dégoutée par la nourriture, j’ai commencé à avoir du mal à trouver de quoi m’alimenter sans accentuer ces nausées. Même l’eau était difficile à avaler. J’ai à ce moment testé tous les remèdes possibles et imaginables : gingembre, antimétyl vendu en pharmacie, grignoter peu et souvent, boire du coca, consommer du vinaigre, des légumes crus, manger un biscuit avant de me lever le matin, etc. Evidemment, rien de tout cela n’a fonctionné.

Mais vous savez quoi ? Ca, c’était encore gérable ! La 8e semaine arrivée, j’ai vécu l’enfer. J’en suis arrivée aux vomissements. Mais pas un vomissement au réveil et puis basta non, c’était 10, 20, parfois 30 vomissements par jour. Je pense même que les 3 pires journées je devais certainement être à plus !

Quand on en arrive là, qu’on peine déjà à s’alimenter depuis 2 semaines, inutile de dire que les malaises font leur apparition. Le pire fut un soir où je rentrais du travail avec mon schtroumpf (oui oui, jusque là je bossais encore, après tout la grossesse n’est pas une maladie n’est-ce pas ?). Il s’était endormi dans la voiture donc je l’ai porté pour rentrer. Pas de bol, ascenseur en panne… Je monte les escaliers. Deux étages on suffit à manquer de nous achever… Je me suis effondrée dans l’escalier de l’immeuble, et je ne sais par quel miracle, j’ai réussi à tomber de sorte que mon schtroumpf est resté endormi tranquillement dans mes bras. H. étant au travail, c’est un voisin qui m’a aidée à rentrer chez moi. Il voulait appeler l’ambulance mais j’ai refusé. Après tout c’était de ma faute, je ne mangeais quasi pas, je vomissais comme toutes les femmes enceintes, alors mince à la fin, fallait pas en faire tout un plat : je gèèèèère !

20191126_141051

Ce soir-là et les 3 jours qui ont suivi, j’ai pourtant été incapable de travailler et de gérer quoi que ce soit. Je passais mon temps couchée dans le lit, ou dans le divan, ou sur le WC ou dans le couloir de notre appartement, n’ayant plus la force d’aller jusqu’au salon après avoir vomi.

Sur cette photo, j’en étais à mon 2e malaise sur la journée, à la sortie du WC. Et je trouve que j’ai encore bonne mine par rapport aux jours qui ont suivi. Je n’ai malheureusement plus pensé à prendre des photos par la suite, mais je crois que ça aurait été assez explicite de mon état.

J’ai posé la question sur des groupes Facebook (ben oui, on le fait toutes non ?). Et on m’a dit courage, c’est le premier trimestre ça va passer. J’en ai parlé à des amies, elles m’ont répondu « aaaah les joies des premières semaines ! ». J’en ai parlé à la pharmacienne « ah oui Madame, ça ce sont les fameuses nausées du premier trimestre, l’antimétyl aide bien ! ». Quand je lui ai répondu que là ce n’était plus des nausées mais des vomissements non-stop et que l’antimétyl ne faisait pas effet, elle m’a alors dit que c’était probablement une gastro, ou la fatigue ou dans la tête : « parfois, on sait qu’on est enceinte et on sait que au début de la grossesse c’est normal de vomir… ». Euuuuuh… ok…. J’en ai même parlé à mon gynéco qui m’a répondu que « oui Madame, toutes les femmes enceintes ont des nausées et vomissements ». En bref, de quoi je me plains, je suis enceinte, c’est la plus belle chose au monde. Je vomis ? Mais c’est normal ! Même 20 fois par jour ou plus ? Mais oui, enfin ! En fait j’avais surtout le sentiment qu’on ne me croyait pas, qu’on pensait que j’exagérais un peu le nombre de vomissements…

J’ai eu la chance ensuite d’être suivie par une super médecin qui a elle-même souffert de cette fameuse hyperémèse gravidique lors de ses grossesses. Lorsque je suis arrivée à son cabinet le 3e jour, en pleurs, à bout de forces physiques et morales, il ne lui a pas fallu longtemps pour poser le diagnostic, me mettre en arrêt de travail prolongé, et surtout, sous traitement ! Elle m’a donné 24h après traitement pour essayer de garder au moins un peu d’eau, car j’étais dans un état de déshydratation. D’ailleurs, depuis quelques jours, ma production de lait s’était arrêtée d’un coup net. Et je n’urinais plus qu’une fois le matin au réveil, une urine à l’odeur qui me faisait gerber et de couleur orange. Si au bout de 24h je n’avais pas réussi à boire de l’eau et la garder, ou si mon état avait empiré, je devais obligatoirement aller aux urgences pour une hospitalisation.

On a fait une prise de sang et les résultats sont tombés quelques jours plus tard : un déséquilibre des électrolytes dans le sang était bien présent, ce qui est un des signes de la maladie.

Par chance, le traitement a rapidement fait effet. Au bout de 24h les vomissements ont diminué. Et je crois qu’au bout de 48h je n’avais plus que des nausées. Et franchement, les nausées étaient bien plus gérables que les vomissements. Je réussissais à boire de l’eau pétillante très très froide, ou du coca. Un peu moins à manger. Mais au moins, j’ai évité cette première hospitalisation !

Les jours qui ont suivi étaient avec des hauts et des bas. Souvent le matin je me sentais assez bien, quelques nausées mais rien d’handicapant, puis la journée passait et ça devenait de pire en pire avec des nausées plus fortes, des malaises, cette hypersalivation. J’ai quand même réussi à aller voir Saint-Nicolas avec mon Schtroumpf, ou à décorer le sapin de Noël avec lui !

De temps en temps j’avais encore un vomissement par ci par là. Mais le traitement était plutôt efficace. Et malgré ma fatigue intense, mon manque de force, ma perte de poids de 5kg au total (alors que je n’étais déjà pas épaisse suite à ma grosse perte de poids post-partum après le schtroumpf), mes malaises, j’ai repris le travail et une vie « normale ».

Puis après la Noël, j’ai vécu un nouveau petit down avec quelques jours à revomir (mais heureusement plus au point d’avant), et surtout à ne plus rien savoir avaler à cause des nausées trop présentes. Et j’ai à nouveau manqué l’hospitalisation. De nouveau le médecin m’a donné 24h. On a adapté le traitement avec des doses un peu plus fortes. Je ne voulais absolument pas être hospitalisée. Je me suis forcée à boire de l’eau. Encore et encore. J’ai vomi certaines fois, mais j’ai gardé aussi. Et finalement elle m’a dit que c’était bon.

A partir de la 15e semaine, je revivais enfin. Quelques nausées venaient encore de temps en temps me rappeler cet épisode compliqué, mais le pire était apparemment derrière moi. Aujourd’hui, je peux vous le dire, tout ça est bel et bien fini, et je savoure enfin cette 2e grossesse comme il se doit.

Parce que, même si j’ai beaucoup culpabilisé de ces pensées, je vais les partager avec vous, pour que des mamans dans mon cas ne se sentent pas seules ou horribles de penser ça. Parce que c’est normal… C’est normal, lorsqu’on souffre d’hyperémèse gravidique et qu’on n’est pas diagnostiquée ou écoutée, d’avoir l’impression d’être folle, d’être nulle, que notre corps ne fonctionne pas normalement, ou encore de se sentir vraiment incapable alors que toutes ces femmes enceintes vivent des nausées de grossesse plus ou moins facilement ! C’est normal, lorsqu’on souffre d’hyperémèse gravidique, de détester être enceinte, de presque en arriver à le regretter, de vouloir parfois que tout s’arrête parce qu’on a l’impression qu’on va finir par mourir si ça continue.

Il existe une association pour soutenir les femmes qui souffrent de cette maladie (1 grossesse sur 100 quand même !). Retrouvez leurs infos ici.

Si vous pensez souffrir de cela, ne restez pas seule. Si vous faites partie de l’entourage d’une future maman qui vous parle de vomissements ou de nausées vraiment difficiles, soutenez-la et ne minimisez pas ses symptômes.

En France et en Belgique il semble que le personnel soignant soit très mal informé de la chose contrairement aux pays comme l’Angleterre, les USA ou le Canada. Mon médecin m’a expliqué qu’au plus tôt les symptômes sont pris en charge, au plus tôt on parvient à stopper les vomissements, au plus vite la future maman peut retrouver un état de santé. D’ailleurs, souvent, lorsque c’est bien pris en charge, les symptômes ne dépassent pas le premier trimestre. En France et en Belgique, il semble cependant courant que les futures mamans trainent cela toute leur grossesse… Selon moi, cela étant dû au fait qu’on les prend plus pour des folles et des faibles que pour des femmes réellement malades et souffrantes physiquement (et non pas psychologiquement) !

Alors les super mums, surtout, croyez en vous, demandez de l’aide, et tenez bon. Ne culpabilisez jamais, vous êtes fortes, probablement parmi les femmes les plus fortes qu’il existe !

Courage !

Un commentaire sur “Enceinte, j’ai souffert d’hyperémèse gravidique

  1. « La grossesse n’est pas une maladie » je l’ai souvent entendu cette petite phrase. A part un peu de diabète gestationnel j’ai eu la chance de vivre une merveilleuse grossesse, mais je sais que pour certaines ce n’est pas tout rose et je vous admire! D’autant plus quand il y a d’autres enfants à gérer à côté. L’issue est belle mais le calvaire est parfois long!

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s